Grégory Tilhac
Directeur artistique du festival
32e CHÉRIES-CHÉRIS
Depuis 1994, Chéries-Chéris rassemble un public toujours plus nombreux : plus de 22 000 spectateur·trice·s ont été accueilli·e·s l’an dernier dans les cinémas MK2 Beaubourg, Bibliothèque et Quai de Seine. Cet enthousiasme nous réjouit et nous encourage à poursuivre ce qui nous anime depuis les débuts : faire découvrir des œuvres singulières, susciter des rencontres et partager la richesse du cinéma queer. Dans un monde traversé par les conflits, les salles demeurent des lieux précieux pour mieux comprendre ce qui nous entoure et retrouver, ensemble, un élan vital.
Cette année marque aussi notre retour au Forum des images, aux côtés des trois cinémas MK2 partenaires. Séances patrimoine, masterclass, tables rondes et ateliers y prolongeront les échanges, en faisant dialoguer la création contemporaine avec les œuvres qui ont ouvert la voie.
Au programme de cette 32e édition : 85 longs métrages et 79 courts, venus des cinq continents et de plus de quarante pays — un record pour le festival. De quoi mesurer la vitalité d’une création LGBTQIA+ foisonnante et nourrir notre envie d’explorer de nouveaux territoires. Du Brésil à l’Australie, de la Chine à l’Algérie, de l’Iran au Nicaragua, notre parcours passera aussi par l’Inde, le Paraguay, l’Argentine, le Japon, la Corée du Sud, la Macédoine du Nord, l’Ukraine, l’Albanie, la Slovénie, le Liban, la République dominicaine, la Thaïlande ou les Philippines. Autant de perspectives sur des questions qui nous traversent toutes et tous : le désir, le genre, l’identité, la liberté d’être soi.
L’histoire et la mémoire queer seront à l’honneur dès l’ouverture avec The Blood Countess, fantaisie gothique aussi baroque qu’irrévérencieuse d’Ulrike Ottinger, figure majeure du cinéma queer européen, portée par l’immense Isabelle Huppert dans le rôle de la Comtesse sanglante. Elles résonneront jusqu’à la clôture avec La Bola Negra, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, présenté en présence de ses deux réalisateurs, « Los dos Javis ». Ambitieuse, profondément émouvante et politique, cette œuvre fait de la transmission des histoires queer une force pour éclairer le passé comme le présent.
La sélection nous entraînera également dans des milieux encore peu représentés à l’écran sous un prisme queer : le quotidien des routiers dans Du fioul dans les artères, le rodéo mexicain dans Jaripeo, l’armée dans La Sentinelle, la police dans En civil et Free Fall : Who You Are, ou les mondes populaires et ruraux dans À l’abri des regards, Fantasy, Le Procès, House with a Voice et Petits dérapages. Ces films donnent corps à des désirs et à des expériences trop souvent laissés hors champ.
Le cinéma de genre occupera lui aussi une place de choix. Vampires et horreur gothique avec The Blood Countess et Silencio, possession et revenants avec No Salgas et No Rest for the Wicked, suspense psychologique avec La Professeure de français et Labrador, thriller érotique tropical avec Sur les rives : les imaginaires queer s’emparent de toutes les formes. Du mélodrame baroque de Roma Elastica au western contemporain d’Un détour par Diane, en passant par la guerre dans Les Braves, l’univers criminel de Warla et les costumes d’époque de The Education of Jane Cumming, ils renouvellent les codes et les récits. Jusqu’au film de prison pour femmes, revisité par le burlesque et l’esprit camp de Lady Champagne !
Ce regard sur la création d’aujourd’hui se nourrit de l’héritage de celles et ceux qui l’ont rendue possible. Nous rendrons hommage à Nathalie Magnan, Barbara Hammer, Rosa von Praunheim et Cyril Collard, dont les œuvres ont élargi les représentations et déplacé les regards. Nous saluerons également Norbert Terry et François About, récemment disparus, deux figures du cinéma pornographique gay français des années 1970.
Enfin, après notre focus sur l’animation queer l’an dernier et le succès de Jim Queen, qui a réuni 400 000 spectateur·trice·s en salles, nous poursuivons la découverte de cet art d’une remarquable inventivité. Neuf courts métrages sont au programme, ainsi que deux joyaux en compétition longs métrages : Méli-Mélo de Leah Nelson, adaptation bouleversante du roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt, et Zsazsa Zaturnnah, explosion de couleurs et de fierté queer qui témoigne de la créativité de l’animation philippine.
Nous avons hâte de partager avec vous cette édition pleine de découvertes et d’émotions. De quoi finir « essoré·e·s », mais heureux·ses, à l’image d’Ichkhan, le modèle de notre affiche colorée et accueillante, signée Marc Martin !
Grégory Tilhac, Directeur artistique du festival