Au temps de la Peste noire, des sœurs vampires tentent de survivre à la pénurie de sang humain. Mais une autre menace pèse sur elles : le secret dans lequel elles sont contraintes de vivre. Des siècles plus tard, en Espagne, l’une de leurs descendantes se heurte à une exclusion semblable durant la pandémie de sida. À travers ces deux époques, les mêmes peurs resurgissent et désignent toujours les mêmes êtres comme des dangers.
D’une beauté visuelle sidérante, Silencio déploie l’univers baroque et haut en couleur qui fait la signature d’Eduardo Casanova. Roses éclatants, maquillages extravagants, décors irréels et personnages plus grands que nature composent un véritable festin pour les sens. Le cinéaste mêle horreur gothique, mélodrame queer, satire politique et humour irrévérencieux avec une liberté réjouissante. Porté par une remarquable galerie d’interprètes, le film fait du vampire une figure de celles et ceux que la société pousse à cacher leur identité. Sous son exubérance et ses dialogues déjantés affleure une réflexion poignante sur la stigmatisation, la honte imposée et le désir de vivre au grand jour. Une œuvre aussi provocante qu’émouvante, dont la fantaisie débridée donne une force saisissante à son propos politique.