Asunción, 1959. Le rock ‘n’ roll déferle sur les ondes et fait souffler un vent de modernité sur la capitale paraguayenne. Pendant un bref instant, la jeunesse entrevoit un avenir plus libre, rythmé par la musique, la danse et l’éveil des désirs. Au cœur de cette effervescence, Narciso, artiste charismatique et figure magnétique de la vie nocturne, incarne cette promesse d’émancipation. Mais à mesure que la dictature renforce son emprise, la discipline, la surveillance et l’ordre moral s’imposent, transformant toute liberté affichée en menace.
Après le magnifique Les Héritières (Chéries-Chéris 2018), Marcelo Martinessi poursuit son exploration de l’histoire et de la mémoire du Paraguay avec Narciso, une fresque d’une rare élégance où l’élan d’une génération se heurte à la montée de la répression. À travers le destin de son jeune protagoniste, le cinéaste saisit avec sensualité et mélancolie l’instant fragile où l’espoir bascule dans la peur. Porté par une mise en scène sophistiquée, qui fait des chansons un véritable langage politique, le film oppose l’énergie du rock ‘n’ roll à l’étouffement progressif de la société. Chaque plan est traversé par une tension entre mouvement et immobilité, élan vital et enfermement, donnant naissance à une œuvre aussi envoûtante que tragique.