En 2011, à Berlin, un cri dans la nuit plonge une jeune femme trans dans un état de sidération. Incapable de fuir ou de réagir, son corps adopte une stratégie primitive de survie : faire le mort, comme certaines méduses qui se figent pour échapper au danger. Des années plus tard, encore marquée par cet événement, elle tente de retrouver le chemin du mouvement et du désir. Entre souvenirs fragmentés, exploration du corps et rencontres inattendues, son parcours devient une quête pour sortir de l’immobilité. Peu à peu, des correspondances apparaissent entre son histoire intime, les cycles de la nature et les mystérieuses capacités de régénératioin du vivant.
Après le remarquable Something Must Break, Ester M. Bergsmark signe avec A Sweetness From Nowhere une œuvre profondément personnelle, d’une audace formelle saisissante. Partant d’une agression transphobe vécue à Berlin, la cinéaste fait surgir des images capables d’exprimer ce qui résiste aux mots. Fiction, performance et fragments documentaires s’entrelacent dans un mouvement libre, au gré des sensations et des associations. Les méduses et les opossums incarnent les réflexes de protection face au danger ; le corps trans, lui, affirme sa capacité à changer, à ressentir et à nouer de nouvelles relations avec le monde. Tactile, organique, parfois flamboyant, le film accueille aussi l’humour et la tendresse. Bergsmark dessine ainsi, au-delà du traumatisme, un horizon de douceur et de liberté.