Au cours de l’année 2020, le mouvement états-unien Black Lives Matter a pris une portée sans précédent, continuant à rappeler l’importance de la vie de personnes noires et à condamner les menaces systémiques à leur encontre. Trouvant un écho dans les affaires françaises de violences policières et de discriminations racistes, ce message a atteint notre rive de l’Atlantique et des voix se sont élevées pour demander la fin de ces violences et exiger l’égalité. Tout cela nous a motivé à concocter ce programme de films de patrimoine qui, dès les années 80 et 90, posaient les bases de nos réflexions.

Très tôt, dès les années 70 et 80, des voix ont porté le récit d’expériences noires et homosexuelles. Parmi celles-ci, les courants du Black Feminism et de la Black Gay Renaissance (et leurs auteur·e·s comme Audre Lorde, Barbara Smith, Essex Hemphill ou Joseph Beam) ont inspiré le cinéma de Marlon Riggs, Cheryl Dunye, Isaac Julien et bien d’autres. Ces cinéastes, essentiel·le·s à l’histoire du cinéma LGBT et dont les noms appartiennent aussi au courant avant-gardiste du New Queer Cinema, reviennent cette année sur les écrans de votre festival Chéries-Chéris. Nous les avions en effet accueillis dès 1994, aux premières heures du festival, des années où la créativité et les initiatives communautaires se sont accélérées dans le contexte d’urgence de l’épidémie de vih/sida. Aujourd’hui, les intérêts qui animent ces œuvres nous parlent encore, et leur (re)programmation nous permet aussi de prendre du recul dans notre rapport à l’actualité.

Les films présentés s’inscrivent dans le mouvement antiraciste depuis l’extérieur de la norme hétérosexuelle, en explorant l’idée même d’identité. Leur combativité va de pair avec l’émergence de nouveaux styles documentaires ou fictionnels, et parfois hybrides. Les thèmes emblématiques du cinéma queer (la sexualité, l’intimité, la communauté, le corps, les discriminations) sont revisités à travers l’histoire des personnes noires, de leurs vies intimes et de leurs luttes, entre l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni. Riches d’une incontestable singularité, les récits au cœur de ces œuvres appartiennent aussi à un destin commun, encombré de l’héritage colonial, esclavagiste, raciste, machiste et hétéronormatif. Leurs auteur·e·s en ont conscience, et le fait que l’on repère les noms de chacun et chacune circulant d’un générique à l’autre confirme cette énergie collaboratrice, cette volonté d’affirmer leur existence par un acte de création collectif.

Voici cinq séances pour stimuler notre « passion du souvenir », cette obsession qui nous invite à nous confronter à l’Histoire ; à nous remettre continuellement à l’épreuve des luttes menées, jamais définitivement gagnées, et à nous emparer de leur héritage.

Laurent Bocahut et Stéphane Gérard

Chéries Chéris dédie son week-end before en 2020 à la Renaissance Noire. Retrouvez toute la programmation ici.